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La ville qui ne m’aimait pas
Je devais commencer mes cours de sitar avec Chirag (avec un « g » et pas un « c ») Katti aujourd’hui. Evidemment rien ne se passe comme prévu ici. Difficile de s’imposer un emploi du temps, encore plus difficile de s’y tenir. Tous ceux qui parlent de prise d’otage dès qu’une grève éclate en France devraient venir passer une journée de mousson ici pour relativiser, car selon leur définition de la prise d’otage c’est exactement ce qu’il m’est arrivé ici. Privé de la réalisation de mon emploi du temps. Pris en otage par la mousson.
Cette ville est cinglée.
Toutes les demi-secondes il me tombe des piscines olympiques sur la gueule. Dans la rue, emballé dans ma cape de pluie, j’ai l’impression d’être vêtu d’un sac poubelle. En même temps ça semble plutôt approprié à la situation. Le niveau de l’eau qui commence à sérieusement monter draine des courants de détritus. Les rues se transforment petit à petit en rivière de merdes dans lesquels on est obligé de plonger les pieds. Mais progressivement tout semble plus propre que d’habitude. Comme si la ville voulait se venger de ce que ses habitants lui font subir en tirant la chasse subitement, violemment.
Cette ville est malade.
Bref, je suis à peine sorti de l’appart que les premières complications commencent. Les taxis d’habitudes enclins au harcèlement restent désespérément silencieux. Il me faut une bonne dizaine de chauffeurs avant d’en trouver un qui accepte de m’emmener à la station de train de Dadar. « No taxi. To much rain. » Mouais, c’est aussi que Dadar c’est pas une course qui va te rapporter beaucoup et que je risque de tremper tes sièges pour un gain minimum !
Cette ville est avare.
Les trains qui remontent vers la partie nord sont normalement relativement calme à cette heure matinale. La plus grande partie des mumbaikeurs descendent travailler dans la partie sud. Mais les pluies torrentielles de la mousson – et certainement le refus des taxis de circuler sur des routes impraticables – génèrent un rush dans les deux sens. Je dois pratiquer une dure lutte pour obtenir une place dans un wagon sur-bondé, pareil pour descendre. Juste avant ma station je sens une légère pression sur ma poche arrière. Un mec qui fait mine de rien est en train d’essayer de piquer l’argent qui s’y trouve. J’écarte son bras sans rien dire et descends du train avant qu’il ne redémarre.
Cette ville est fourbe.
Arrivé à Andheri, où mon sitariste habite, les problèmes ne sont pas finis. Son appart est encore loin et de toute façon je ne suis jamais allé chez lui, du coup la seule solution c’est le rickshaw. Il pleut de plus en plus. Il y a une foule gigantesque aux abords de la gare. Comme les indiens ont parfois l’esprit super pratique la sortie forme comme un long couloir qui ressemble à un goulet d’étranglement. Un flot de personnes sans patience et sans discernement s’y engouffre. Il est impossible de voir quoi que ce soit dans cette mer de parapluies et de baleines agressives. Dans la rue il y a tellement de monde et tellement de pluie qu’aucun rickshaw n’est disponible. Je m’éloigne. Pareil. J’essaie de me rabattre sur des taxis qui ne prennent même pas le temps de me dire « non » et redémarrent aussi sec. Je suis trempé. J’abdique.
Cette ville est sans pitié.
Le train du retour est encore plus bondé – si, si, c’est possible – mais malgré tout un homme arrive à somnoler contre une barre de fer. Nouvelle lutte pour trouver un taxi compatissant qui me ramène à l’appart, je ne peux pas faire autrement je ne connais pas le chemin et il faut bien que je rentre. Plus de 2h30 après l’avoir quitté, j’arrive finalement à l’appart dégoulinant et fatigué, mes mains sont fripées comme si j’étais resté trop longtemps dans mon bain. C’est pas le cas, j’ai juste pris une énorme douche.
Cette ville ne m’aime pas.
Moi si.
PS : Les photos sont celles d’un concert que j’ai vu y a pas longtemps. Trois batteries, basse, tabla et sitar. Juste énorme ! Le joueur de tabla c’est le fils du proprio de l’appart où je loge, un des meilleurs à l’heure actuelle. Le sitariste c’est celui qui doit être normalement mon prof de sitar, aussi un des meilleurs joueurs à l’heure actuelle. La classe. Enfin si j’arrive à prendre un cours.
NEWS : toi tu as ChiraG ; en France on vient d'hériter d'un Miterrand comme ministre de la culture (sera t'il Sitar ??)... pas François (ils n'ont pas osé le ressortir) mais Frédéric (son neveu).
Egalement Mickaël Jackson est mort... mais ça n'a aucun rapport.
Enjoy !