Comment donne-t-on une pièce à un mec qui n’a plus de bras ?
Non, non, non, promis ce n’est pas une blague à deux balles. C’est plutôt une histoire à cinq roupies. Y a un truc dont je n’ai pas parlé encore c’est la question de la charité. Et pourtant elle se pose immédiatement ici. Dès mon arrivée, lors de mon trajet en taxi de l’aéroport à l’appart, j’ai été confronté à ce problème. Bloqué dans les embouteillages au milieu d’une très grande route, une petite fille tend la main par la fenêtre en me chantant une comptine anglaise très connue – tellement connue que j’en ai oublié le titre. Moi, pas vraiment préparé à l’apparition si subite d’un visage angélique tout crasseux, j’hésite, puis finalement je lui donne la première pièce de 2 roupies qui me tombe sous la main. Et ce n’était que le début. Presque à chaque arrêt du taxi des têtes apparaissaient à la fenêtre, avec un grand sourire –bien souvent édenté.
C’est vraiment une question complexe, savoir quand donner, à qui donner, combien donner, y a pas vraiment de solution. Le risque c’est de se retrouver à donner tout le temps et, généralement, quand on donne à quelqu’un on se fait repérer immédiatement et harceler par une nuée d’enfants. Mais y a pas que les enfants, les hommes, les jeunes filles avec des bébés, les handicapés… c’est assez impressionnant. Enfin, faut quand-même nuancer. On se fait aborder essentiellement dans des lieux biens précis du style des abords de lieux touristiques ou sur certains trajets empruntés par les taxis.
Moi je donne au coup par coup, en fonction de la situation et de la personne. C’est un peu flippant de se dire que c’est totalement subjectif, mais pour l’instant j’ai pas trouvé mieux. Il y a pas longtemps, un mec m’aborde et me propose de laver mes chaussures – une paire de chaussures de treck -, je le regarde avec un air surpris et navré. Ben non mon gars, je crois pas que tu puisses faire grand-chose pour moi là. Du coup il est resté à parler presque une demi-heure avec moi, de son arrivé à Mumbai avec sa famille, de l’impossibilité de poursuivre ses études à cause du coût (vu son niveau d’anglais je pense qu’il disait vrai) et du fait qu’il gagnera beaucoup plus d’argent quand il pourra investir dans une boîte pour cirer les chaussures… Bref, au moment de partir plutôt que de me demander de l’argent il m’a demandé si je pouvais lui payer un plat de riz dans le resto à côté (20 roupies). Ce que j’ai fait avec grand plaisir. Il voulait que je reste manger avec lui, mais je venais de manger et devais aller chercher des infos dans une bibliothèque à côté.
Mais revenons-en à la question initiale. Comment donne-t-on une pièce à un mec qui n’a pas de bras ? Question que je me suis posé aujourd’hui en voyant ce mec s’approcher de mon taxi, boiteux, édenté, le visage difforme, les deux moignons en l’air… Réponse : dans la poche de la chemise. C’est aussi simple que ça la charité ici, parfois on dit non et on détourne le regard le temps que le taxi reparte, parfois on met une pièce dans une poche de chemise. C’est si simple à faire et si compliqué à gérer.
Bon promis la prochaine fois j’aborderais un sujet plus léger et je mettrais des photos.
Sur ce… Namaste.
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