Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /Avr /2009 17:07

Comment donne-t-on une pièce à un mec qui n’a plus de bras ?

 

Non, non, non, promis ce n’est pas une blague à deux balles. C’est plutôt une histoire à cinq roupies. Y a un truc dont je n’ai pas parlé encore c’est la question de la charité. Et pourtant elle se pose immédiatement ici. Dès mon arrivée, lors de mon trajet en taxi de l’aéroport à l’appart, j’ai été confronté à ce problème. Bloqué dans les embouteillages au milieu d’une très grande route, une petite fille tend la main par la fenêtre en me chantant une comptine anglaise très connue – tellement connue que j’en ai oublié le titre. Moi, pas vraiment préparé à l’apparition si subite d’un visage angélique tout crasseux, j’hésite, puis finalement je lui donne la première pièce de 2 roupies qui me tombe sous la main. Et ce n’était que le début. Presque à chaque arrêt du taxi des têtes apparaissaient à la fenêtre, avec un grand sourire –bien souvent édenté.

 

C’est vraiment une question complexe, savoir quand donner, à qui donner, combien donner, y a pas vraiment de solution. Le risque c’est de se retrouver à donner tout le temps et, généralement, quand on donne à quelqu’un on se fait repérer immédiatement et harceler par une nuée d’enfants. Mais y a pas que les enfants, les hommes, les jeunes filles avec des bébés, les handicapés… c’est assez impressionnant. Enfin, faut quand-même nuancer. On se fait aborder essentiellement dans des lieux biens précis du style des abords de lieux touristiques ou sur certains trajets empruntés par les taxis.

 

Moi je donne au coup par coup, en fonction de la situation et de la personne. C’est un peu flippant de se dire que c’est totalement subjectif, mais pour l’instant j’ai pas trouvé mieux. Il y a pas longtemps, un mec m’aborde et me propose de laver mes chaussures – une paire de chaussures de treck -, je le regarde avec un air surpris et navré. Ben non mon gars, je crois pas que tu puisses faire grand-chose pour moi là. Du coup il est resté à parler presque une demi-heure avec moi, de son arrivé à Mumbai avec sa famille, de l’impossibilité de poursuivre ses études à cause du coût (vu son niveau d’anglais je pense qu’il disait vrai) et du fait qu’il gagnera beaucoup plus d’argent quand il pourra investir dans une boîte pour cirer les chaussures… Bref, au moment de partir plutôt que de me demander de l’argent il m’a demandé si je pouvais lui payer un plat de riz dans le resto à côté (20 roupies). Ce que j’ai fait avec grand plaisir. Il voulait que je reste manger avec lui, mais je venais de manger et devais aller chercher des infos dans une bibliothèque à côté.

 

Mais revenons-en à la question initiale. Comment donne-t-on une pièce à un mec qui n’a pas de bras ? Question que je me suis posé aujourd’hui en voyant ce mec s’approcher de mon taxi, boiteux, édenté, le visage difforme, les deux moignons en l’air… Réponse : dans la poche de la chemise. C’est aussi simple que ça la charité ici, parfois on dit non et on détourne le regard le temps que le taxi reparte, parfois on met une pièce dans une poche de chemise. C’est si simple à faire et si compliqué à gérer.

 

Bon promis la prochaine fois j’aborderais un sujet plus léger et je mettrais des photos.

 

Sur ce… Namaste.

Par Clubin
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Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /Avr /2009 19:39

Haaave you met me ?

 

Seul pendant tout ce temps ? Pas moyen ! Mais c’est pas évident de rencontrer des gens ici, les indiens quand ils bossent vont à l’essentiel et c’est assez rare d’entamer une vraie conversation avec quelqu’un. Contextualisons un peu la chose. Moi, français à l’anglais – parfois – approximatif et ne parlant pas un mot d’Hindi, la tête du parfait touriste blond dans un monde de bruns, venu pour bosser et par conséquent ne fréquentant pas particulièrement les milieux touristiques… Je comptais un peu sur les gens que j’allais croiser dans mon taff pour me créer un groupe d’amis. Pas de bol, une partie des mecs de l’ONG est en Europe actuellement. Heureusement ils m’ont permis de rencontrer Berzin – un Parsi – un mec super sympa et d’un calme incroyable. Mais jusqu’à présent on ne s’est pas beaucoup vu, à chaque fois lui ou moi avions un empêchement. Qu’en est-il des gens que je rencontre pour le boulot ? Ben là encore pas de bol, se sont essentiellement des familles assez traditionnelles avec très peu de jeunes de mon âge. En revanche c’est toujours cool de se faire inviter à boire un thé au milieu de l’aprem.

Comme toujours le salut vient de la musique. Je suis pas vraiment fan des sorties dans les bars tout seul, surtout que beaucoup d’entre eux sont fréquentés uniquement par la jeunesse dorée et fashion indienne – pas vraiment mon trip. Sur les conseils de Berzin j’ai investi quelques Roupies dans le magazine « Mumbai Times Out », une vraie mine d’or. Y a des concerts presque tous les soirs, c’est le prétexte parfait pour des sorties nocturnes en solo et pour rencontrer des gens plutôt rock and roll. Hier, par exemple, je suis allé voir un live au Hard Rock Café. C’est la première fois que j’en vois un comme ça, je crois que l’Inde modifie même les codes des grandes enseignes internationales. Déjà faut le trouver ce qui, même avec l’adresse exacte, se révèle complexe pour les taxis. Et pour cause, c’est en fait un genre de gigantesque bar dans un grand hangar perdu au fond d’une ruelle en plein milieu de… rien.

A l’intérieur l’ambiance est assez terrible. Très peu d’occidentaux mais beaucoup d’indiens super sympa – et des japonais qui dansent. Objectif réussi, en plus d’un concert terrible – mélange de James Brown et de Zappa joué par des indiens – il ne m’a pas fallu deux gorgées de Tiger Beer avant de taper la discute. Avec la serveuse dans un premier temps, puis par contagion avec une indo-australienne, réalisatrice, qui m’a fait rencontrer ses potes indiens tous supers cools. Gros coup de bol, ils vont normalement sur Goa la semaine prochaine. Comme moi. Le monde est bien fait tout de même !

Par Clubin
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Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /Avr /2009 17:46

Mea culpa

 

Bon, je suis un incorrigible feignant. J’avais promis à tout le monde de donner beaucoup de nouvelles et je n’en fais rien. Bon, en même temps – contrairement aux dires de certains – je ne suis pas vraiment en mode tourisme pour l’instant et je bosse beaucoup. Du coup j’ai l’impression de ne pas avoir grand-chose à raconter. Mais en y regardant de plus prêt ce n’est pas tout à fait vrai…

 



Sans transition

 

C’est vrai que si pour l’instant je n’ai pas vraiment fait de journées touristiques au sens strict, les simples trucs que je vois dans la rue sont dignes d’intérêt. Mumbai est une ville vraiment hallucinante. Sur le papier, 15 millions d’habitants, des buildings et une ville donnée pour la plus occidentalisée d’Inde… je m’attendais à un truc du style de Shanghai. Que dalle ! Cette ville c’est vraiment n’importe quoi, et c’est ça qu’est génial. Par son histoire et sa géographie (Mumbai est située en grande partie sur une sorte de péninsule pas très large) il n’y a pas vraiment de centre qui ressorte. Ca ressemble plus à une multitude de petites villes liées les unes aux autres. Les rues sont de véritables fourmilières. Il y a un monde incroyable en journée, l’impression d’un bordel constant est accentuée par l’envahissement des magasins (quasiment tous ouverts directement sur la rue) et autres vendeurs à la sauvette sur les trottoirs. La nuit, passé une certaine heure, tout se calme. Le « silence »en est même super bizarre. C’est vraiment un monde sans transition. Au pied des buildings de grand standing, ou dans les rues proches, on peut souvent voir des habitations précaires. Quand ce n’est pas construit il est fréquent de voir des mecs ou même des familles entières dormir directement sur le trottoir.

 


Taxi driver

 

La ville étant énorme il est nécessaire de prendre des moyens de transports pour aller dans les différents quartiers. Plusieurs options. Le bus, j’ai pas encore tenté. J’ai pas encore bien saisi leur logique, mais je vais essayer de me confronter au problème bientôt. Le train, c’est incroyable et pas cher. En général les trajets que je suis amené à faire me coûtent 4 Rps (sachant que 10 Rps c’est environ 15 centimes faite le calcul). Avant de prendre le train faut d’abord acheter un ticket, en prenant une file d’attente où tout le monde essaie de gruger (surtout moi, avec ma gueule de touriste blond j’suis tricard à 15m), faut donc se coller au max à son voisin de devant tout en faisant comprendre aux autres que tu sais ce que tu veux et que tu va pas te laisser faire. Plutôt marrant. Le train c’est absolument génial. Y a des wagons hommes et des wagons femmes. Tous restent grand ouverts pendant le trajet, remplis de ventilos histoire de pas crever de chaud (mais bon, leur efficacité reste à prouver des fois). J’ai pas encore eu à le prendre aux heures de pointe, mais déjà les wagons sont relativement bondés à certaines heures.

Dernier mode de transport, le taxi. Ah lala, le taxi. Tant de trucs à raconter à se sujet. Mais bon je vais la faire courte. La circulation ici c’est du grand n’importe quoi. Y a un monde fou sur la route et... rappelez vous ce que j’ai dit sur les files d’attente aux guichets… ben c’est pareil sur la route. S’il y a un espace devant, même si c’est évident que la voiture ne passe pas, ils s’y engouffrent. Ici, on ne parle pas en nombre de voies mais en espace libre. Ca doit correspondre à une loi de la physique une volonté de combler les vides à ce point ! En parlant avec les chauffeurs, tous disent que c’est impossible pour des étrangers de rouler ici. Je veux bien les croire, mais dès fois je doute de leur propre capacité à le faire. Et encore plus de la capacité de certains véhicules à tenir le choc de leur conduite. Dérapage avec des pneus surchauffés et complètement usés, direction du volant aléatoire qui fait ressembler leur conduite à celle que l’on voit dans les vieux films (vous savez ceux qui conduise avec un fond qui déroule derrière, on voit bien que le virage ne correspond pas à la direction donnée au volant)… bref Rock and Roll. Bon, toujours avec ma tête de touriste blond, ils tentent de m’arnaquer une fois sur deux mais je ne me laisse pas faire. Et de toute façon ça reste incroyablement pas cher. L’intérieur des taxis vaut le coup d’œil. Super kitchs de manière générale, certains s’apparentent plus à des boîtes de nuit avec leurs néons, d’autres à… je sais pas trop quoi… avec des miroirs au plafond et de véritables lustres en guise de plafonniers.

 

J’ai encore pleins de choses à raconter (bouffe, animaux, castes…), mais je crois que je vais d’abord vous laisser digérer tout ça.

 

A vite.

Par Clubin
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