Jeudi 23 juillet 2009 4 23 /07 /Juil /2009 21:04

Fin


Last call to Mumbai

 

Mumbai, jeudi 23 juillet 2009, 12h32. Je vais sur le net pour voir si ma réservation de billet de train a été validée – j’étais 14ème sur la liste d’attente il y a une semaine, ça marche comme ça ici – et j’en profite pour vérifier mon heure de départ. Oh putain ! Je pensais qu’il me restait deux jours entiers pour tout finir, profiter encore de la ville et préparer mon départ. Eh ben non. Je me suis planté d’un jour, comme un con. Le temps à acquis un tel degré de relativité depuis que je suis ici que j’aurais réellement pu en louper mon train. Demain… je pars.

 

Eh ouais, déjà quatre mois en Inde !

 

Du coup j’ai été dans l’urgence toute la journée pour finir tout ce que j’avais prévu de faire pour les deux derniers jours et j’ai très peu de temps pour écrire sur ce blog – ah si j’avais été moins feignant ! Et pourtant j’en ai des trucs à raconter.

 

J’aurais pu parler des rencontres, des ballades, des découverte et des redécouvertes. J’aurais pu disserter sur la cuisine, la philosophie de vie Hindu et  la corruption généralisée. J’aurais pu raconter le plaisir que m’ont procuré les retrouvailles avec Jeanne, Marie, Orel et Pierre dans le nord de l’Inde. J’aurais pu décrire longuement l’animation des rues de Jaipur, ses singes qui sautent au-dessus de nos têtes, ses marchés au tissu et ses murs roses. J’aurais pu écrire les palais, les temples et la beauté des paysages. Depuis mon retour sur Bombay j’aurais pu donner mes impressions sur le bidonville de Dharavi, son animation incroyable, ses habitants ultra-souriants et ses allées qui ne ressemblent en rien à l’image que l’on se fait d’un bidonville.

 

Oui. J’aurais pu parler, raconter, décrire, écrire, donner mes impressions. Réaliser de la sorte une synthèse de ce que je vis ici depuis quatre mois et de ce qui m’attend encore d’ici mon retour. Mais non. Je ne le ferais pas. Par fainéantise un peu, par manque de temps beaucoup, mais avant tout parce que ça me semble impossible de décrire convenablement tout ça. J’ai beau tenter, chaque fois je suis frustré.

 

Frustré, parce que c’est vraiment compliqué d’expliquer comment mon regard sur le pays à évolué en si peu de temps. Je suis arrivé en essayant d’éliminer toutes formes de clichés ou de préjugés, mais malgré tous les efforts que l’on peut faire il en reste toujours des traces qui empêchent de voir les choses pour ce qu’elles sont réellement. Au début tout est obscur, incongrue. On a beau regarder on ne voit rien, on ne comprend rien. Tout semble si difficile à trouver, à réaliser et à comprendre. Puis avec le temps les yeux s’entraînent et des logiques nouvelles apparaissent. Pour vraiment rendre compte de ce que j’ai vécu ici il faudrait que j’arrive à expliquer ce changement progressif de regard.

 

J’avoue aussi que j’ai déjà la tête ailleurs. Je prends le train demain matin pour Delhi, 24h de voyage en 3ème classe avec deux sacs et un sitar – ça va être énorme. Je retrouve les autres sur place et vais récupérer Fanch à l’aéroport. Puis voyage, voyage, voyage… Agra, Inde du nord-est et trek au Népal.

 

Autant dire que j’ai du mal à me concentrer pour écrire. Mon esprit n’arrive pas encore à croire tout ce qu’il a rencontré de nouveau que déjà mon imagination m’emmène ailleurs.

 

Mais pour ceux qui veulent réellement plus de détails, d’anecdotes et d’impressions sur l’Inde vous avez juste à me payer une bière à mon retour et j’essaierais de vous prêter mes yeux pour vous faire voir mon Inde à moi.

 

Par Clubin
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Jeudi 9 juillet 2009 4 09 /07 /Juil /2009 14:47
Par Clubin
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 08:35

« Un jour elle sera mienne, oh oui… un jour elle sera mienne. »


 

Enfin !

 

J’ai enfin investi dans un sitar et pris mon premier cours. Je vais peut-être même participer à un concert en l’honneur de mon Guru. Ben ouais, j’ai un Guru maintenant - c’est le nom donné aux profs en fait. La tradition veut que quand je le croise, même dans la rue, je suis sensé lui toucher les pieds en signe de respect et pour obtenir sa bénédiction… c’est pas trop mon style ce genre de truc et rien ne m’y oblige, mais je vais le faire parce que ça me fait bien marrer et que pour le coup c’est vraiment de l’immersion totale.

 

Ça fait un bien fou de rejouer à nouveau de la musique, même si depuis trois mois que je n’ai pas taquiné des cordes de métal mes doigts ne sont plus habitués et sont vraiment douloureux. Faut dire qu’elles sont super hautes et épaisses les cordes de leurs instrus, les barbares. Du coup j’ai fait une photo en prévision d’un futur passage en couverture de Sitar Mag’.

 

Eh oui ! Vous avez raison. J'me la pète grave !

 

Par Clubin
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Vendredi 26 juin 2009 5 26 /06 /Juin /2009 10:57


La ville qui ne m’aimait pas

 

Je devais commencer mes cours de sitar avec Chirag (avec un « g » et pas un « c ») Katti aujourd’hui. Evidemment rien ne se passe comme prévu ici. Difficile de s’imposer un emploi du temps, encore plus difficile de s’y tenir. Tous ceux qui parlent de prise d’otage dès qu’une grève éclate en France devraient venir passer une journée de mousson ici pour relativiser, car selon leur définition de la prise d’otage c’est exactement ce qu’il m’est arrivé ici. Privé de la réalisation de mon emploi du temps. Pris en otage par la mousson.

 

Cette ville est cinglée.

 

Toutes les demi-secondes il me tombe des piscines olympiques sur la gueule. Dans la rue, emballé dans ma cape de pluie, j’ai l’impression d’être vêtu d’un sac poubelle. En même temps ça semble plutôt approprié à la situation. Le niveau de l’eau qui commence à sérieusement monter draine des courants de détritus. Les rues se transforment petit à petit en rivière de merdes dans lesquels on est obligé de plonger les pieds. Mais progressivement tout semble plus propre que d’habitude. Comme si la ville voulait se venger de ce que ses habitants lui font subir en tirant la chasse subitement, violemment.

 

Cette ville est malade.

 

Bref, je suis à peine sorti de l’appart que les premières complications commencent. Les taxis d’habitudes enclins au harcèlement restent désespérément silencieux. Il me faut une bonne dizaine de chauffeurs avant d’en trouver un qui accepte de m’emmener à la station de train de Dadar. « No taxi. To much rain. » Mouais, c’est aussi que Dadar c’est pas une course qui va te rapporter beaucoup et que je risque de tremper tes sièges pour un gain minimum !

 

Cette ville est avare.

 

Les trains qui remontent vers la partie nord sont normalement relativement calme à cette heure matinale. La plus grande partie des mumbaikeurs descendent travailler dans la partie sud. Mais les pluies torrentielles de la mousson – et certainement le refus des taxis de circuler sur des routes impraticables – génèrent un rush dans les deux sens. Je dois pratiquer une dure lutte pour obtenir une place dans un wagon sur-bondé, pareil pour descendre. Juste avant ma station je sens une légère pression sur ma poche arrière. Un mec qui fait mine de rien est en train d’essayer de piquer l’argent qui s’y trouve. J’écarte son bras sans rien dire et descends du train avant qu’il ne redémarre.

 

Cette ville est fourbe.

 

Arrivé à Andheri, où mon sitariste habite, les problèmes ne sont pas finis. Son appart est encore loin et de toute façon je ne suis jamais allé chez lui, du coup la seule solution c’est le rickshaw. Il pleut de plus en plus. Il y a une foule gigantesque aux abords de la gare. Comme les indiens ont parfois l’esprit super pratique la sortie forme comme un long couloir qui ressemble à un goulet d’étranglement. Un flot de personnes sans patience et sans discernement s’y engouffre. Il est impossible de voir quoi que ce soit dans cette mer de parapluies et de baleines agressives. Dans la rue il y a tellement de monde et tellement de pluie qu’aucun rickshaw n’est disponible. Je m’éloigne. Pareil. J’essaie de me rabattre sur des taxis qui ne prennent même pas le temps de me dire « non » et redémarrent aussi sec. Je suis trempé. J’abdique.

 

Cette ville est sans pitié.

 

Le train du retour est encore plus bondé – si, si, c’est possible – mais malgré tout un homme arrive à somnoler contre une barre de fer. Nouvelle lutte pour trouver un taxi compatissant qui me ramène à l’appart, je ne peux pas faire autrement je ne connais pas le chemin et il faut bien que je rentre. Plus de 2h30 après l’avoir quitté, j’arrive finalement à l’appart dégoulinant et fatigué, mes mains sont fripées comme si j’étais resté trop longtemps dans mon bain. C’est pas le cas, j’ai juste pris une énorme douche.

 

Cette ville ne m’aime pas.

 

Moi si.

 

 

 

PS : Les photos sont celles d’un concert que j’ai vu y a pas longtemps. Trois batteries, basse, tabla et sitar. Juste énorme ! Le joueur de tabla c’est le fils du proprio de l’appart où je loge, un des meilleurs à l’heure actuelle. Le sitariste c’est celui qui doit être normalement mon prof de sitar, aussi un des meilleurs joueurs à l’heure actuelle. La classe. Enfin si j’arrive à prendre un cours.

Par Clubin
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Vendredi 19 juin 2009 5 19 /06 /Juin /2009 21:04

Fenêtre sur course

 

Ok. Je pensais qu’à mon retour sur Mumbai j’aurais pas grand-chose à raconter vu que mon programme pour l’instant me cantonne essentiellement dans un travail de rédaction à l’appart. Je me trompais. Cette ville est pleine de surprises. Pas besoin d’aller très loin pour assister à des trucs qui sortent de l’ordinaire. Oh, rien d’exceptionnel cette fois. Juste un petit détail qui me fait bien rire et passer le temps.

Ma chambre est dotée d’un balcon donnant sur l’immeuble d’en face et son parking. Rien de bien passionnant me direz-vous. Mais moi j’aime bien, j’y vais souvent faire une petite pause et regarder comment vit le monde extérieur. A l’occasion de l’une de ces scrutations, mon regard a été attiré par une grosse femme à la démarche particulière. Un truc du style « j’ai très envie d’aller aux toilettes, je n’aurais pas dû boire l’eau du robinet, faut que je me dépêche, mais pas trop quand-même sinon va y avoir un accident en chemin. » Du coup j’observe avec un peu plus d’attention et voilà-t-y pas qu’elle repasse une seconde, puis une troisième, puis… Non mais je rêve elle fait du sport là ? De fait. Elle s’amuse à faire le tour de son immeuble, s’épongeant le front de temps en tant avec un mouchoir. Du coup vu que je suis un peu con je sors le chrono. 1 minute 23 secondes et 9 centièmes. C’est le temps moyen qu’il lui faut pour réaliser un tour d’immeuble. Et des tours elle en fait. J’ai pas compté combien – faut avouer que c’est assez lassant à regarder comme sport – mais je suis retourné au balcon 20 minutes plus-tard. Toujours là. Tellement en sueur que j’étais à deux doigts de descendre installer un stand de rafraîchissement pour son marathon.

10 minutes plus tard je retourne voir s’il y a du monde au balcon – ouais je sais, j’ai vraiment que ça à foutre. Surprise. Elle a perdu une bonne quinzaine de kilos. Bon, c’est pas vrai, ce sport indien n’a quand-même pas cette vertu. C’est jusque qu’une autre femme, nettement plus maigre, réalise le même parcours. Vu que je suis toujours aussi con : chrono. 1 minute 37 et 8 centièmes. Quoi ? La grosse femme irait plus vite que la maigre ? Après observation technique c’est juste que la première prend ses virages nettement plus à la corde. La maline, elle veut faire du sport mais pas trop. Dans la soirée rebelote, une femme en Sari cette fois. Je suis toujours aussi con, mais pas assez rapide cette fois, pas de chrono. Une 4ème concurrente rentre dans le jeu ce soir.

Voilà, ça n’est certainement pas l’histoire la plus passionnante que j’ai racontée sur ce blog. Mais moi elle m’amuse franchement beaucoup. Reste à savoir que faire de cette merveilleuse découverte. J’hésite entre monter un bookie et prendre les paris depuis mon balcon, y a de la thune à se faire sur ce coup là. Leurs montrer leurs scores respectifs, histoire de créer un peu de compétition. Placer quelques obstacles sur le parcours, histoire de rendre ça encore plus drôle. Appeler le CIO, pour rendre la discipline officielle…

 

Suit up !

 

Je ne pensais pas que ma petite histoire sur la passion de Chaitanya pour le sifflement sur bande karaoké aurait une suite. Elle en a une. Hier, il reçoit un coup de fil. Il m’explique qu’il est attendu aujourd’hui pour enregistrer une émission sur Big FM, l’une des plus grosses stations de radio de Mumbai. Ce matin avant de partir il me demande si ça me branche de venir. « For sure ! » J’ai le sentiment de me transformer en véritable « yes men », dès qu’on me propose un truc, même ridicule au premier abord, j’y vais. « Tu veux venir jouer au cricket sur la Highway avec nous ? OK. » Au final je ne le regrette jamais.

Bref, on part pour les studios de Big FM, c’est pas très loin, dans un énorme centre commercial à Andheri, dans la partie nord de Mumbai, 1 heure de route – eh ! 15 millions d’habitants la ville, faut pas l’oublier. Sur place on rejoint quatre autres « Whistler ». Cool, je vais donc voir quelque chose de nouveau, une prestation à cinq siffleurs – ils sont pas loin de 400 dans leur association ! – deux hommes de plus et deux femmes. On entre. Les studios de Big FM c’est une ambiance genre NRJ sauce Bollywood. La radio diffuse en permanence les hits des meilleurs films et des morceaux de R & Hindi. On nous installe dans une sorte de salle de conférence autour d’une table énorme. Au bout de 2 minutes un serveur nous apporte quelques snacks et du café trop sucré. Je crois bien que je n’ai jamais autant bouffé gratos que ces derniers jours. J’ai faim, je suis content d’avoir à manger, mais ça m’inquiète. Un enregistrement ça prend au max une heure. Pourquoi nous nourrir ainsi ? Après renseignement nous sommes là pour tout l’après-midi. Merde. Coincé.

Mes cinq Whistler commencent à répéter leur set. Tous ensembles. Puis les uns après les autres. Puis tentent d’autres chansons histoire de voir quel choix est le meilleur. Ça n’en fini pas. Je m’occupe et prend des photos. Histoire d’en rajouter une couche dans le kitch ils utilisent un téléphone portable pour diffuser leur bande son karaoké. C’est long. De temps en temps quelqu’un de la radio vient poser deux trois questions pratiques, puis repart. Très long.

Progressivement la salle se rempli de gens. Tous plus hype les uns que les autres. Se sont des stars de la chanson indienne ! Tout plein de stars qui viennent pour chanter un morceau avec les Whistler lors d’une conférence de presse. Mais c’est quoi ce bordel ?!? Je suis assis là au milieu de tous ces gens qui me regardent, me sourient, me serrent la paluche au cas où je serais la dernière star internationale venue taper le bœuf avec eux. Moi qui ne suis pas d’une nature à être à l’aise facilement pour le coup je ne le suis vraiment pas. Du coup je décide de briser leur rêve d’international et de rompre les malentendus. Je me lève, sors l’appareil. J’annonce la couleur… je ne suis qu’un touriste.

La conférence de presse se passe. Ils ont tous l’air super content de chanter une chanson sur fond de sifflement et de musique karaoké sur téléphone portable amplifié par un micro… « Big FM. Kitch music only. » Ils sortent des blagues en Hindi, je rigole histoire de pas vexer. L’ambiance est vraiment géniale. Je ne regrette absolument pas l’attente. Une fois de plus c’est un truc à voir. Après cette session avec guest star mes cinq Whistler se retrouvent en studio pour une interview et deux chansons – toujours sur fond de portable. Kiiiiiiiiiitch ! Je reste dans un coin, film et prend des photos. La séance se termine comme tout show indien se doit de terminer, avec remise de bouquets de fleurs et de cadeaux. A ma grande surprise on m’offre aussi un gros paquet rouge ! « Mais j’ai rien fait. » C’est la première fois qu’on m’offre un cadeau parce que j’ai pris des photos. On sort. Voiture. Retour à l’appart. Il est 18h. 5h de Big studio.

Vous vous demandez certainement ce qu’était ce cadeau. Moi, je pensais que ça allait être un truc con, genre le petit kit du fan de Big FM. Je me voyais déjà déambuler dans les rues de Mumbai avec mon T-shirt, ma casquette et mon sifflet « Big FM ». En France il ne faut pas s’attendre à tellement plus de la part d’une radio, alors au pays du kitch… Et ben pas du tout. J’ouvre le paquet et là, surprise, la boite montre une photo d’un mec en costard. Ils m’offrent un costard ? C’est presque ça. En fait ils offrent une boîte avec des mètres de tissu pour se faire faire son propre costard. Ça peut paraître con. Ça l’est pas. Ça l’est d’autant moins qu’ils ont pris soin de laisser le prix du cadeau. Y en a pour plus de 60€ de tissu indien de haute qualité et, en plus, plutôt beau. C’est cool les gars mais qu’est-ce que je peux bien foutre de 60€ de tissu haute qualité en Inde. Un instant je songe à le donner à Chaitanya. Je me ravise immédiatement quand il m’explique qu’il y a moyen de se faire un costume sur mesure pour moins de 1000 roupies – 15€ - chez un très bon tailleur. 15€ pour un costume qui en France m’en coûterais plus de 400 ? OK. La semaine prochaine passage chez le tailleur. Suit up !

 

(PS : Histoire de couper court aux vannes sur la radio, non, Fanch, Efix, Nono… je n’ai pas dit merci à France Bleue.)

Par Clubin
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